À la rencontre des Moches | Une civilisation pr?-inca du Nord du P?rou

Sur les traces des Moches

Après avoir passé quelques jours en Amazonie, nous rejoignons la côt. De Iquitos à Lambayeque, en passant par Tarapoto, nous traversons tout le Nord du Pérou pour partir à la découverte des Moches !

Cette civilisation, peu connue en Occident, a joué un rôle très important dans l’évolution du Pérou. Elle a participé à l’enrichissement des techniques artisanales et métallurgiques du pays. Elle a aussi permis à ses successeurs de bâtir une véritable capitale en plein désert grâce à des systèmes d’irrigations très ingénieux. Je vous explique tout ça…

Quelques mots sur les Moches

Pourquoi étaient-ils appelés ainsi ?

Ce n’est pas parce qu’ils étaient moches. C’est simplement une référence à l’ancienne langue du Nord du Pérou, le Muchik.

Qui étaient-ils ?

Les Moches (prononcé « moTché »), appelés aussi Mochica, ont vécu de l’an 100 à l’an 700 après J.C. (voir la chronologie). Héritiers des Chavíns et des Cupisniques, les Moches sont une unification de ces deux différentes cultures.

Où vivaient- il ?

À leur apogée, les Moches contrôlaient une bonne partie de la côte nord péruvienne. Soit plus de 600 km de long, de la vallée de Piura au nord à la vallée de Huarmey au sud (voir la carte).

Comment vivaient-il ?

Hiérarchie du peuple Moches
Les Moches avaient développé une société hiérarchisée avec des dirigeants, des guerriers, des spécialistes du rituel, des artisans, des agriculteurs et des pêcheurs. La succession des seigneurs se faisait probablement par hérédité. Voici un schéma de la hiérarchie Moche.

Comment les reconnaît-on ?

Céramique Moches
Grâce à leurs céramiques rouges ou noires sur fond crème, représentant des scènes de la vie quotidienne, des rituels ou encore des actes érotiques. Et grâce à leurs pyramides inversées appelées Huacas (voir plus bas).

L’importance de l’artisanat

En plus d’avoir mis en place un système d’irrigation ingénieux pour vivre dans le désert. Les Mochicas ont été pionniers des techniques de travail du métal. Ce qui leur a permis de fabriquer bon nombre d’objets extrêmement complexes.

Ils avaient d’ailleurs trouvé une technique de dorure du cuivre qui restera plus efficace que toutes les techniques européennes jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. De plus, leurs céramiques, très représentatives de la vie quotidienne et de leurs croyances, ont permis aux chercheurs d’en savoir plus sur leur mode de vie.

Quelles étaient leur croyance ?

Fresque du Dieu Ai-apaec
Les Moches vénéraient un seul dieu : Ai-apaec, appelé aussi « le dieu décapiteur ». Dans les fresques et céramiques, il prend souvent la forme d’une araignée, d’une créature ailée ou encore d’un monstre marin.

Des sacrifices ?

Oui en effet, les Moches avaient un léger (voir un grand) penchant pour les sacrifices. Il y avait la Cérémonie du Sacrifice, le Sacrifice en Montagne, la Chasse Rituelle, la Guerre de Capture, le Combat Cérémoniel,… Tous ces rituels visaient à capturer puis à égorger la (ou les) victime(s) sacrificielle(s), pour ensuite recueillir leur sang et l’offrir au chef.

Comment ont-ils disparu ?

On suppose que le royaume s’est peu à peu fragilisé à cause de nombreuses catastrophes naturelles. Les crues dues au phénomène El Niño et les tremblements de terre à répétition ont essoufflé cette civilisation jusqu’à la faire disparaître. Elle laissera place, des années plus tard, aux Chimús.

Vous suivez toujours ?

Voilà, j’espère que cette petite biographie vous a aidé à mieux cerner les Moches. Maintenant, nous allons vous faire découvrir les deux sites archéologiques que nous avons visité, qui sont aussi les deux Foyers Principaux de cette culture pré-incas.

Notre première rencontre avec les Moches

Musée du Tombeau du Seigneur Sipàn
C’était à Lambayeque, à côté de Chiclayo, que nous avons découvert pour la première fois les Moches. En effet, cette ville détient la plus grande découverte archéologique depuis le Machu Picchu : Les Tombes Royales de Sipàn. Ici sont exposés les trésors du plus grand complexe funéraire de la culture Moche : celui de la Huaca Rajada.

Tout d’abord, qu’est-ce q’une Huaca ?

Huaca de la Luna - Moche
« Huaca » est un terme Quechua (langue parlée au Pérou, originaire des Incas) définissant un lieu ou un objet sacré. Ce nom a été donné par les Incas lors de leur conquête du territoire afin de définir ces lieux. Une grande partie des Huacas Mochicas étaient construites de la même manière : ce sont des pyramides inversées en adobe (briques d’argile et de pailles, moulées puis séchées à l’air).

Un étage, un dirigeant ! Les Huacas étaient très bien organisées !

Dans ces Huacas, chaque étage était érigé pour un dirigeant, puis condamné et enseveli pour en construire un autre plus grand sur les fondations du précédent (voir les différents niveaux sur la photo ci-dessus).

Poteries retrouvées dans la Huaca RajadaLa chanceuse Huaca Rajada

Comme la plupart des monuments historiques du Pérou, la Huaca Rajada a été fouillée par les huaqueros (les pilleurs de tombes). Mais cette dernière a eu la chance de déclencher un désaccord entre deux de ses pilleurs, ce qui la sauva !

En effet, en voyant ce trésor inestimable, un conflit d’intérêts éclata entre les deux compères, il dégénéra et entraîna la mort de l’un des acteurs. Les autorités furent alors mêlées à cette affaire, ce qui empêcha les huasqueros de finir leur travail et permis à ce complexe de rester quasiment intact.

Et ce n’est qu’en 1987 que les recherches archéologiques ont réellement débuté. Walter Alva, spécialiste de la culture Moche, a alors découvert la tombe d’un très haut dirigeant surnommé le « Seigneur de Sipàn » (en référence au village voisin). Cette dernière refermait des céramiques, des bijoux et des ornements d’une valeur inestimable ! Mais ce n’était pas la seule, près de quatorze tombes ont été fouillées, et bien d’autres restent encore à explorer.

Une découverte sans précédent !

En plus de contenir un précieux trésor de plus de deux mille ans, ce complexe funéraire a permis aux archéologues d’en apprendre un peu plus sur le mode de vie et les croyances Moches. En effet, n’ayant laissé aucun écrit, cette civilisation restait jusque-là encore très mystérieuse. Mais grâce à cette découverte et les nombreuses céramiques qu’elle contenait, les chercheurs ont pu en apprendre un peu plus sur cette culture.

Un Seigneur ne meurt jamais seul !

La plus importante des tombes du complexe de Sipàn est bien sûr celle du Seigneur de Sipàn, un grand prêtre guerrier. Il serait mort à l’âge de 40 ans (environ) et aurait été enterré avec d’innombrables trésors, mais aussi des femmes, des guerriers et des animaux. Pour mieux comprendre, voici une reproduction de la tombe de ce haut dirigeant accompagnée d’une petite légende.
Reproduction du Tombeau du Seigneur Sipàn

1 Appelé ainsi par les archéologues, « Le Vigile » était présent dans le tombeau pour assurer la protection du Seigneur dans sa vie future.

2 « Le Gardien », quand à lui, il était placé à l’extérieur de la pièce principale du tombeau et avait les deux pieds coupés, pour s’assurer que ce dernier resterait à son poste.

3 Une première femme d’une vingtaine années avec le pied gauche de coupé. Au-dessous d’elle, une seconde femme fût enterrée là.

4 À côté de ce dernier cercueil, un enfant de dix ans en position assise.

5 À gauche du Seigneur, un guerrier d’une quarantaine d’années avec le pied gauche coupé accompagné de ses attributs (casque, massue, bouclier). Au-dessous de lui, la dépouille d’un lama.

6 À droite, un autre homme, probablement un porte-étendard enterré avec un chien entre ses jambes. Au-dessous de lui, la dépouille d’un second lama.

7 Et enfin, une troisième femme reposait au pied du sarcophage du Seigneur.

Une protection assurée même dans l’au-delà

Tous étaient là pour protéger et suivre le Seigneur dans sa vie future. En effet, les Moches (comme les Incas) croyaient à une vie après la mort. C’est pour cette raison que les défunts étaient, à chaque fois, accompagnés de céramiques, de bijoux, de nourritures, d’animaux et parfois d’autres personnes dans leur tombe.

En savoir plus sur le Seigneur Sipàn ?

Pour se rendre au musée des Tombes Royales de Sipàn, rien de plus simple. Il se situe en plein centre de Lambayeque et les hôtels là-bas ne manquent pas ! L’entrée ne coûte que 5 NS et il faut compter une bonne heure de visite en lisant toutes les infos (et il y en a pas mal !).

Si vous souhaitez en savoir plus sur le Seigneur Sipàn et son complexe funéraire, c’est par ici pour le Musée des Tombes Royales et par ici pour le site archéologique de la Huaca Rajada.

Nous approfondissons le sujet à Trujillo

La Huaca de la Luna
Après cette première approche très intéressante, nous nous dirigeons maintenant vers Trujillo pour découvrir le second Foyer Moche : les Huacas del Sol et de la Luna. Ce grand ensemble formait, il y a près de deux mille ans, la ville de Moche. Cette dernière, implantée en plein désert, a tout de même réussi à faire vivre près de 45 000 habitants.

Une ville très bien organisée

La ville de Moche s’organisait autour des deux Huacas : la Huaca del Sol pour l’administratif et la Huaca de la Luna pour le religieux et entre les deux, se trouvait le village. Dans ce dernier, les habitants étaient répartis par classes sociales. En effet, plus celle-ci était importante, plus elle était proche de la Huaca.

Huacas del Sol et de la Luna sont en fait, des noms imaginés par les Incas. En effet, les Moches ne vénéraient ni la Lune, ni le Soleil.

Un étage par dirigeant

Toute leur vie, les habitants n’ont cessé de construire les Huacas. En effet, à chaque nouveau dirigeant (à peu près tous les cent ans), un nouvel étage était construit . Quand au précédent il était enseveli (voir Pyramide inversée). À la disparition des Moches, cette dernière comptait 6 niveaux soit environ 600 ans d’existence.

C’est d’ailleurs grâce à ce procédé que les fresques de la Huaca de la Luna sont aussi bien conservées. Et que leurs couleurs sont encore flamboyantes malgré leur grand âge.

Un dieu très présent

Ai-apaec, le dieu des Moches

Les yeux d’un hibou, les dents d’un félin et la crinière en forme de vagues rappelant le ciel, la terre et l’eau.

Ai-apaec, le dieu décapiteur est présent sur tous les murs du temple. Il est soit représenté ainsi, soit en créature ailée, marine ou en araignée. Et quand son corps est matérialisé, il tient un couteau dans une main et une tête tenue par les cheveux dans l’autre. Cette image faisait sûrement référence aux nombreux sacrifices existants dans cette religion.

Un lieu de culte et de sacrifices

Deux places entouraient le temple. La plus petite était située à l’arrière du temple, sur le flanc de la montagne et l’autre était à côté du temple, face au village. Cette place, bien plus grande, servait à accueillir les villageois durant les rituels publics. Et l’autre, plus en retrait, était réservée à l’élite pour des rites bien particuliers comme le Combat Cérémoniel.

Qui sera le prochain ?

C’était la question qui résidait dans le Combat Cérémoniel. Il fallait savoir qui serait la prochaine victime sacrificielle. En effet, cette cérémonie réunissait deux adversaires lors d’un affrontement. Le but n’était pas de tuer l’autre mais seulement de l’assommer afin que ce dernier soit capturé puis transformé en victime sacrificielle. Après cela, le vaincu était égorgé et son sang recueillit afin de l’offrir au chef.

Un chef presque un dieu

L’offrande faite au dirigeant (le sang de la victime) rapproche ce dernier de ses dieux. S’établit alors un lien entre son pouvoir et le divin, lui donnant une certaine importance aux yeux de ses sous-fifres.

Un lieu qui n’a pas dévoilé tous ses secrets

La Huaca del Sol reste à découvrir
Je ne vous ai parlé que de la Huaca de la Luna, c’est normal ! Car en effet, à l’heure actuelle, seule cette pyramide a été totalement fouillée et mise au jour. La Huaca del Sol attend patiemment sous une tonne de sable des fonds pour commencer les recherches archéologiques.

En savoir plus sur les Huacas del Sol et de la Luna ?

Tout comme Chan Chan, vous pouvez y accéder, depuis Trujillo ou Huanchaco, en taxi, pour pas grand chose. La visite vaut vraiment le coup d’œil. Par contre, bien qu’il y ait des panneaux explicatifs un peu partout sur le site. Je vous conseille tout de même de prendre un guide. Ils connaissent très bien leur sujet et peuvent répondre à vos questions. Vous en trouverez facilement dans l’entrée du site, le tarif est libre, la visite dure une heure en groupe et en Espagnol ou en Anglais.

Et aussi, pensez à faire un arrêt au musée situé à 500 m de l’entrée du site. Il est très bien fait et très bien commenté (en Espagnol et en Anglais). Il y a énormément de céramiques, d’ossements, d’outils et quelques rituels y sont expliqués. Comptez 15 NS pour le musée et la Huaca de la Luna.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les Huacas del Sol et de la Luna
, c’est par ici.

Pour conclure sur notre rencontre avec les Moches

Nous avons été tout simplement fasciné par ces visites. Nous étions déjà très intrigués par les Incas étant petits. Et là nous avions la chance de découvrir une des civilisations qui a participé à la création de cet empire ! Nous étions comme des enfants trouvant un trésor… En effet, nous nous imaginions, à chaque instant, la joie qu’ont dû éprouver tous ces archéologues en découvrant ces merveilles.

2 réflexions au sujet de « À la rencontre des Moches »
  1. Le , Delphine a dit :

    Eh bien vous allez ?tre incollables sur le sujet. Un peu de culture ne nous fera pas de mal non plus. C’est int?ressant et peu connu. Merci pour toutes ces infos. Bisous les voyageurs.

    Delphine

    1. Le , Ninon & Keuvin | Backpackadeux 1 a dit :

      Merci ! Contente de voir que ?a n’int?resse pas que nous 😉 A bient?t !

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